Tout le monde répète que les petites entreprises françaises ont un problème avec leur site web. Personne ne donne de chiffres. Nous avons donc mesuré nous-mêmes.
En juillet 2026, nous avons analysé 834 professionnels dans les agglomérations de Paris, Lyon, Toulouse, Bordeaux, Lille, Nantes et Montpellier : des avocats, des plombiers, des coiffeurs, des kinésithérapeutes, des photographes, des agences immobilières, des électriciens, des menuisiers, des ostéopathes et des praticiens massage. Puis nous avons chargé, un par un, les 437 sites qui existaient vraiment, dans les conditions d’un téléphone. Voici les résultats, la méthode complète, et ce que ces chiffres veulent dire pour vous si vous êtes concerné.
Comment nous avons mesuré
En deux phrases : nous sommes partis des fiches Google revendiquées par leur propriétaire autour de 7 métropoles, tirées sans sélection manuelle, et nous avons mesuré chaque site existant dans un navigateur réglé en conditions mobiles. Tout le reste de cette section détaille ce choix, pour que l’étude soit vérifiable et reproductible.
L’échantillon. La source est Google Business Profile, c’est-à-dire les fiches d’établissement que l’on voit sur Google Maps. Nous n’avons retenu que les fiches revendiquées par leur propriétaire : des professionnels qui ont déjà fait la démarche de gérer leur présence en ligne. Les fiches ont été collectées dans un rayon de 35 km autour de chaque métropole, dans l’ordre de restitution de l’API, sans aucune sélection manuelle. Les établissements fermés, définitivement ou temporairement, ont été écartés. Résultat : 834 établissements, répartis sur 365 communes, du centre-ville des métropoles aux petites communes périurbaines.
La mesure. Chaque site a été chargé dans un navigateur Chromium réglé en conditions mobiles (écran de 393 x 852 pixels, l’équivalent d’un iPhone récent), une fois, depuis une connexion fibre. Nous avons relevé le LCP (le temps d’affichage du plus gros élément visible, la métrique officielle de Google), le poids de la page, la présence de prix, de preuves, de mentions légales, d’un téléphone cliquable, d’un formulaire, et la quantité de texte réellement lisible.
Ce que ce choix implique. Un point d’honnêteté, parce qu’il joue contre nous : notre échantillon représente le haut du panier. Un professionnel qui a revendiqué sa fiche Google est déjà plus actif en ligne que la moyenne. Et une mesure depuis la fibre est plus rapide que la 4G de vos clients. Autrement dit, chaque chiffre de cette étude est un plancher. Le marché réel est, en toute logique, en moins bon état que ce que vous allez lire.
Les résultats agrégés complets sont publiés en libre accès : le fichier de données est réutilisable avec attribution.

Constat 1 : avant de parler qualité, presque un pro sur deux n’a pas de vrai site
En bref : sur 834 établissements, 27 % n’ont aucun site, 17 % présentent une page Facebook ou un annuaire comme leur site, et 56 % ont un vrai site sur leur propre domaine. Et parmi ces vrais sites, 31 ne répondaient pas au moment du test.
Le premier enseignement est presque trop simple. Avant la vitesse, avant le référencement, avant le design, il y a la question de l’existence :
- 27 % n’ont aucun site web. Leur fiche Google renvoie vers un numéro de téléphone, point.
- 17 % renvoient vers une page Facebook, un profil Instagram, une plateforme de réservation ou une fiche d’annuaire présentée comme leur site. C’est une vitrine louée sur le terrain de quelqu’un d’autre : l’algorithme décide qui la voit, et les concurrents s’affichent à côté.
- 56 % ont un vrai site, sur leur propre domaine.
Et sur ces vrais sites, 31 ne répondaient tout simplement pas le jour du test : domaine expiré, hébergement en panne, certificat cassé. Un site sur quinze, un jour ordinaire.
Le détail par métier renverse quelques idées reçues. Ce ne sont pas les métiers manuels qui sont les moins équipés : 43 % des kinésithérapeutes n’ont aucun site, alors que leur activité vit du rendez-vous. Les coiffeurs (40 %) et les électriciens (40 %) suivent. À l’inverse, les agences immobilières (15 %) et les ostéopathes (16 %) sont presque tous équipés.
Constat 2 : des sites deux fois trop lents pour le seuil de Google
En bref : sur 437 sites mesurés, le contenu principal s’affiche en 3,3 secondes en médiane, pour un seuil recommandé de 2,5 secondes. 66 % des sites dépassent ce seuil, 35 % dépassent 4 secondes, et la page d’accueil médiane pèse 1,6 Mo.
| Ce que nous avons mesuré | Résultat |
|---|---|
| Temps d’affichage du contenu principal (LCP), médiane | 3,3 secondes |
| Sites au-dessus du seuil de 2,5 s recommandé par Google | 66 % |
| Sites au-dessus de 4 secondes | 35 % |
| Poids de la page d’accueil, médiane | 1,6 Mo |
| Requêtes réseau pour afficher la page, médiane | 60 |
Le seuil n’est pas le nôtre : Google définit le LCP comme sa métrique officielle de vitesse d’affichage et situe la limite d’une bonne expérience à 2,5 secondes. Au-delà, l’expérience est considérée comme « à améliorer », et la vitesse fait partie des signaux d’expérience de page utilisés pour le classement.
66 % des sites que nous avons mesurés sont au-dessus. Deux sur trois. Et il faut le répéter, parce que c’est le point de méthode le plus important de cette étude : ces mesures viennent d’une machine sur connexion fibre. Votre cliente qui consulte votre site dans la rue, en 4G, avec un téléphone de trois ans, attend plus longtemps que ça.
Par métier, le résultat le plus contre-intuitif est celui des agences immobilières : les mieux équipées de l’étude (15 % seulement sans site), mais les plus lentes (3,9 secondes en médiane), plombées par les carrousels de biens et les photos non compressées. Les photographes, à l’inverse, ont les sites les plus rapides (2,2 secondes) : des portfolios sobres, souvent bien construits.
Constat 3 : les sites ne répondent pas aux deux seules questions du client
En bref : un visiteur se demande combien ça coûte et s’il peut faire confiance. 53 % des sites ne donnent aucune indication de prix, 78 % n’affichent aucune preuve, 44 % ont un téléphone non cliquable sur mobile et 23 % n’offrent aucun moyen de contact direct.
Ce sont les chiffres les plus parlants de l’étude, parce qu’ils ne parlent pas de technique. Ils disent qu’une majorité de sites laissent partir des visiteurs qui étaient prêts à acheter.
- 53 % n’affichent aucun prix, aucune fourchette, aucun « à partir de », aucune page tarifs. Si l’on cherche un montant en chiffres, c’est pire : 74 % n’en ont aucun.
- 78 % ne montrent aucune preuve. Ni avis clients, ni témoignage, ni réalisation, ni chiffre. Plus des trois quarts des sites demandent au visiteur de croire sur parole.
- 44 % affichent un téléphone qui n’est pas cliquable sur mobile. Le visiteur doit mémoriser ou copier le numéro à la main pour appeler.
- 52 % n’ont aucun formulaire de contact, et 23 % ne proposent aucun moyen de contact direct : ni téléphone cliquable, ni formulaire, ni email cliquable.
Par métier, deux cas extrêmes. Les kinésithérapeutes qui ont un site n’y mettent presque rien : 92 % sans prix, et aucun des sites mesurés n’affichait la moindre preuve. Les photographes, dont le métier est littéralement de produire des images qui donnent confiance, sont 93 % à ne montrer aucun avis ni témoignage, et 84 % à ne donner aucun prix. À l’autre bout, les agences immobilières font figure de bonnes élèves : 25 % sans prix seulement, la moitié avec des preuves visibles.
La leçon est directe : dans la plupart des métiers étudiés, trois avis clients et une fourchette de prix suffisent à faire mieux que les trois quarts de vos concurrents.
Constat 4 : un tiers des sites sont hors la loi
En bref : 34 % des sites n’ont pas de mentions légales, obligatoires pour tout site professionnel en France. 57 % n’ont aucune politique de confidentialité. 5 % ne sont même pas en HTTPS.
Les mentions légales ne sont pas une option : la loi pour la confiance dans l’économie numérique les impose à tout éditeur de site professionnel, et service-public.fr en détaille le contenu obligatoire et les sanctions, qui peuvent atteindre 75 000 euros d’amende pour une personne physique. Nous avons simplement cherché un lien « mentions légales » sur chaque site :
- 34 % n’en ont pas.
- 57 % n’ont aucune politique de confidentialité, alors que la quasi-totalité de ces sites déposent des cookies ou collectent des données via un formulaire, ce que la CNIL encadre explicitement.
- 5 % ne sont pas en HTTPS : le navigateur affiche « non sécurisé » à côté de leur nom.
Par métier, les praticiens massage (68 % sans mentions légales) et les ostéopathes (60 %) sont les plus exposés ; les agences immobilières (13 %) les plus en règle.
Ce n’est pas un détail de juriste. Les mentions légales sont le premier signal de sérieux qu’un visiteur méfiant va chercher, et la première chose qu’un concurrent regarde avant de signaler un site. C’est aussi le point le plus rapide à corriger de toute cette étude : une heure de travail.
Constat 5 : des sites illisibles pour les moteurs de réponse
En bref : 36 % des pages d’accueil contiennent moins de 300 mots, 38 % n’ont aucune donnée structurée, 26 % n’ont pas de description pour les résultats de recherche et la moitié des images n’ont pas de texte alternatif.
Une part croissante des recherches n’aboutit plus à une liste de liens mais à une réponse rédigée : les AI Overviews de Google, ChatGPT, Perplexity. Ces moteurs de réponse citent des pages qui contiennent des réponses lisibles. Nous avons donc mesuré ce qu’il y a réellement à lire :
- 36 % des pages d’accueil affichent moins de 300 mots. La médiane est à 426 mots. Une page de 200 mots ne donne à une IA rien à citer.
- 38 % n’ont aucune donnée structurée (le balisage qui décrit l’activité, les horaires, la zone d’intervention aux machines).
- 26 % n’ont pas de méta-description, le texte qui s’affiche sous le titre dans les résultats de recherche.
- 39 % ont un titre principal absent ou multiple, et 51 % des images n’ont pas de texte alternatif.
Le professionnel concerné n’est pas pénalisé au sens d’une sanction : il est simplement absent de la conversation. Quand un habitant de sa ville demande à une IA « un bon ostéopathe près de chez moi, avec les tarifs », la réponse se construit à partir des sites qui ont mis ces informations par écrit.

Métier par métier : dix situations très différentes
En bref : les kinésithérapeutes, coiffeurs et électriciens ont d’abord un problème d’existence ; les avocats, photographes et ostéopathes ont des sites mais n’y mettent ni prix ni preuve ; l’immobilier est équipé et conforme, mais lent.
| Métier | Établissements | Sans site | LCP médian | Sans prix | Sans preuve | Sans mentions légales |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Agence immobilière | 141 | 15 % | 3,9 s | 25 % | 52 % | 13 % |
| Kinésithérapeute | 129 | 43 % | 2,3 s* | 92 %* | 100 %* | 50 %* |
| Ostéopathe | 128 | 16 % | 3,1 s | 66 % | 92 % | 60 % |
| Avocat | 112 | 26 % | 3,5 s | 51 % | 89 % | 25 % |
| Coiffeur | 88 | 40 % | 3,8 s | 61 % | 84 % | 29 % |
| Électricien | 73 | 40 % | 2,8 s | 54 % | 71 % | 29 % |
| Photographe | 61 | 18 % | 2,2 s | 84 % | 93 % | 42 % |
| Plombier | 38 | 32 % | 3,3 s* | 57 %* | 78 %* | 52 %* |
| Praticien massage | 35 | 17 % | 3,1 s* | 73 %* | 82 %* | 68 %* |
| Menuisier | 29 | 31 % | 3,6 s* | 37 %* | 79 %* | 32 %* |
* Colonnes calculées sur les sites effectivement mesurés du métier ; quand ce sous-groupe compte moins de 30 sites (kinésithérapeutes, plombiers, praticiens massage, menuisiers), le pourcentage est une tendance à lire avec prudence, pas une statistique établie.
Trois profils se dégagent. Les métiers du rendez-vous quotidien (kinés, coiffeurs, électriciens) ont d’abord un problème d’existence : quatre sur dix n’ont pas de site du tout. Les professions de conseil et d’image (avocats, photographes, ostéopathes) ont des sites, souvent soignés, mais muets sur les deux questions qui décident un client : le prix et la preuve. Et l’immobilier, structuré par les réseaux et les franchises, coche presque toutes les cases sauf une : la vitesse.
Métropole par métropole : un problème national, pas local
En bref : aucune métropole ne s’en sort. Le taux de « sans site » va de 21 % à Nantes à 34 % à Lille, et le LCP médian de 2,9 secondes à Nantes à 3,8 secondes à Bordeaux. Les écarts existent, mais le fond du problème est partout le même.
| Métropole | Établissements | Sans site | LCP médian | Sans prix | Sans preuve | Sans mentions légales |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Paris | 130 | 31 % | 3,4 s | 57 % | 76 % | 34 % |
| Nantes | 125 | 21 % | 2,9 s | 43 % | 72 % | 33 % |
| Toulouse | 124 | 31 % | 3,7 s | 56 % | 77 % | 40 % |
| Bordeaux | 122 | 23 % | 3,8 s | 51 % | 85 % | 33 % |
| Lyon | 122 | 30 % | 3,0 s | 58 % | 83 % | 37 % |
| Montpellier | 120 | 23 % | 3,2 s | 51 % | 72 % | 25 % |
| Lille | 91 | 34 % | 3,2 s | 60 % | 83 % | 33 % |
Nantes se distingue légèrement (le plus fort taux d’équipement, les sites les plus rapides), Lille et Paris comptent le plus de professionnels sans site. Mais aucune métropole ne passe sous les 70 % de sites sans preuve, et aucune ne respecte le seuil de vitesse en médiane. Ce n’est pas une fracture territoriale, c’est l’état du marché.
Ce que cette étude ne dit pas
Par honnêteté, ses limites, toutes assumées :
- La mesure vient d’une connexion fibre, en conditions d’écran mobile. Un vrai téléphone en 4G serait plus lent : les chiffres de vitesse sont un plancher.
- Nous avons mesuré la page d’accueil, pas le site entier. Un prix caché en page 3 n’a pas été compté, mais un visiteur pressé ne le trouve pas non plus.
- La détection des prix et des preuves est automatique, par mots-clés : un tarif affiché uniquement dans une image ou un PDF a pu nous échapper.
- Une seule visite par site, un jour donné. Les 31 sites injoignables l’étaient ce jour-là.
- L’échantillon vient des fiches Google revendiquées : il surreprésente les professionnels déjà actifs en ligne. Le marché complet est probablement en moins bon état.
- Aucun établissement n’est nommé, et aucun ne le sera.
Si vous êtes concerné : par où commencer
La bonne nouvelle de cette étude, c’est que la barre est basse. Vos concurrents ont les mêmes problèmes que vous, et quatre gestes suffisent à passer devant la majorité :
- Affichez vos prix, même en fourchette, même « à partir de ». 53 % ne le font pas ; dans la plupart des métiers, c’est 60 à 90 %.
- Montrez une preuve. Trois avis clients réels, une réalisation, un chiffre. 78 % des sites n’en ont aucune : c’est l’avantage concurrentiel le moins cher de ce classement.
- Rendez votre téléphone cliquable et faites maigrir votre page d’accueil. L’objectif officiel : moins de 2,5 secondes.
- Mettez vos mentions légales. C’est obligatoire, c’est une heure de travail, et c’est le premier signal de sérieux que cherche un visiteur méfiant.
Aucun de ces quatre points ne demande de refaire votre site. Ils demandent juste que quelqu’un les regarde. Si vous voulez savoir où se situe le vôtre, notre diagnostic en 20 secondes vous donne votre priorité numéro un, sans email. Et si vous préférez qu’on s’en occupe, notre méthode livre un site complet en 7 jours, rapide, conforme et lisible par les moteurs de réponse, à partir de 49 euros par mois.
Réutiliser ces données
Les résultats agrégés sont publiés en libre accès au format JSON : inleven.studio/etude/resultats-2026.json. Ils sont réutilisables avec attribution (licence CC BY 4.0), par exemple sous la forme : « Selon l’étude Inleven (juillet 2026, 834 établissements, 7 métropoles) ». Les données brutes par établissement ne sont pas publiées et ne le seront pas : elles permettraient d’identifier des professionnels. Journalistes et chercheurs : écrivez-nous pour toute question de méthode, nous répondons vite.
Étude réalisée en juillet 2026 par Inleven, studio de création de sites web pour les très petites entreprises. Prochaine édition prévue en 2027, même méthode, mêmes métiers, pour mesurer ce qui bouge.



