Pour changer de site et garder son nom de domaine, commencez par séparer trois couches distinctes : la titularité du domaine, la zone DNS et l’hébergement du site. La titularité dit qui détient les droits sur le nom, et chez quel bureau d’enregistrement (le registrar) il est géré. La zone DNS dit où vont les visiteurs et où arrivent les e-mails : les enregistrements A ou CNAME pointent vers le site, les enregistrements MX vers la messagerie. L’hébergement, enfin, c’est le serveur où vit le site.
Changer de site ne touche en principe que la troisième couche, plus les quelques enregistrements de la zone qui pointent vers le site. Les dégâts viennent du mélange des trois : un domaine enregistré au nom de l’ancien prestataire, des MX écrasés pendant la bascule, un hébergement résilié trop tôt. La question se pose dans les mêmes termes pour un artisan qui lance la création de son site internet à Brest que pour une PME présente dans toute la France. Voici ce qu’il faut vérifier avant, pendant et après, avec pour seules sources l’Afnic, la politique de transfert de l’ICANN et la documentation de Google.
Qui est vraiment titulaire de votre nom de domaine, et comment le vérifier ?
Le titulaire est la personne, physique ou morale, inscrite comme telle dans la base Whois : c’est elle qui détient les droits sur le domaine. Pour le vérifier, lancez une recherche Whois sur votre nom (l’Afnic en propose une pour les .fr) et lisez le champ du titulaire. Si le nom de votre ancienne agence y figure, réglez ce point avant toute autre étape.
L’Afnic le rappelle sur sa page Gérer son nom de domaine : « Un nom de domaine ne s’achète pas. Seul un droit d’utilisation, exclusif, vous est attribué pour une période définie. » Ce droit appartient à la personne que le Whois désigne, pas forcément à celle qui paie la facture.
Son Guide pratique du titulaire (édition 2024, p. 4) décrit précisément le cas qui nous intéresse : un prestataire informatique qui enregistre le domaine à son propre nom au lieu de celui de son client, sans que ce dernier l’ait demandé, « par souci de simplicité ou de facilité ». Le guide cite aussi le salarié qui enregistre le nom à titre personnel, puis quitte l’entreprise.
Trois lectures possibles du Whois :
- Votre entreprise est titulaire. Vous pouvez avancer.
- L’agence est titulaire. Juridiquement, les droits sont les siens. Demandez une cession à votre nom : pour un .fr, l’Afnic indique que le bureau d’enregistrement met à jour le titulaire après confirmation des deux parties. Faites-le tant que la relation est bonne, avant de parler de fin de contrat.
- Aucun nom n’apparaît. Pour les personnes physiques, l’Afnic propose une diffusion restreinte qui masque le titulaire dans le Whois. Vérifiez alors dans votre espace client chez le bureau d’enregistrement.
Voir l’agence en contact technique n’a rien d’alarmant, en revanche : selon l’Afnic, ce contact peut tout simplement être le bureau d’enregistrement, et un contact administratif tiers n’a aucun droit sur le domaine.
Faut-il changer de bureau d’enregistrement pour changer de site, et comment se passe le transfert ?
Non, ce n’est pas obligatoire : vous pouvez garder votre bureau d’enregistrement et modifier seulement la zone DNS pour pointer vers le nouvel hébergement. Notre recommandation : gardez-le si le domaine est à votre nom et que le compte client est le vôtre ; transférez-le si ce compte appartient à l’ancien prestataire. Dans les deux cas, récupérez le code AUTH_INFO avant toute discussion de résiliation.
Pour un .fr, l’Afnic décrit le transfert ainsi :
- Relire le contrat du bureau actuel, puis le prévenir. Vous pouvez en changer « à tout moment », mais, dans la pratique, les contrats prévoient que vous perdez les frais versés d’avance pour toute la durée de l’engagement.
- Choisir un nouveau bureau dans la liste des bureaux sous contrat avec l’Afnic.
- Demander le transfert, une opération que l’Afnic dit « généralement payante » et souvent associée à d’autres services, comme l’hébergement.
- Fournir le code AUTH_INFO au nouveau bureau. Il se trouve en général dans votre espace client ; sinon, l’ancien bureau doit vous le fournir.
- Attendre la réponse de l’ancien bureau. En théorie, il dispose de 8 jours pour accepter ou s’opposer ; s’il s’oppose, il obtient un délai supplémentaire non renouvelable de 22 jours. En pratique, il peut aussi accepter dans les minutes qui suivent. Sans réponse au bout de 8 jours, le transfert se fait automatiquement.
Le transfert modifie aussi la date d’expiration du domaine : relevez la nouvelle.
Pour un .com ou une autre extension générique, c’est la politique de transfert de l’ICANN (version mise à jour le 21 février 2024) qui s’applique. Si vous ne pouvez pas générer le code vous-même, le bureau doit vous le remettre sous 5 jours civils (section I.A.5.2), et il ne peut pas le refuser au seul motif d’un litige de paiement (I.A.5.4). Attention à l’ordre des opérations : un changement de titulaire peut déclencher un verrou de 60 jours sur les transferts (II.C.2), et l’ICANN conseille de transférer le domaine avant de changer de titulaire.
Enfin, évitez de transférer le domaine en même temps que vous changez d’hébergement. L’Afnic demande, dans ce cas, de tenir compte du délai de propagation. Deux opérations séparées se surveillent mieux qu’une seule.

Comment garder ses adresses mail pendant la bascule ?
En ne touchant pas aux enregistrements MX, ou en les recopiant à l’identique si la zone DNS change de fournisseur. Ce sont eux qui indiquent aux serveurs expéditeurs où livrer le courrier de votre domaine. Changer de site ne change pas de messagerie : seuls les enregistrements du site doivent bouger. Notez donc les valeurs actuelles de vos MX avant de commencer.
Google le résume dans son aide Configurer des enregistrements MX pour Google Workspace : l’ordinateur de l’expéditeur recherche les enregistrements MX de votre domaine « pour déterminer où le distribuer ». La même page prévient qu’une adresse risque de ne pas fonctionner correctement avec des enregistrements MX anciens ou incorrects, et qu’il faut compter jusqu’à 72 heures pour que de nouveaux MX soient reconnus.
Trois situations mettent la messagerie en danger :
- Le nouveau prestataire vous demande de pointer vos serveurs de noms vers les siens. Toute la zone déménage. Si les MX n’y sont pas recréés avant la bascule, le courrier ne sait plus où aller. Recopiez la zone entière, MX en tête, avec les autres enregistrements que votre fournisseur de messagerie vous a fait créer.
- Vos boîtes mail sont hébergées chez l’ancien prestataire. Résilier son offre peut les emporter. Demandez où elles se trouvent, et prévoyez leur déménagement avant toute résiliation.
- Le domaine change de bureau d’enregistrement en même temps. L’Afnic précise que, pendant la propagation, l’ancien bureau doit conserver les informations qui permettent l’accès à vos ressources. Confirmez-le avec lui.
Après la bascule, envoyez un e-mail depuis une adresse extérieure vers chacune de vos boîtes, puis répondez-y.
Combien de temps prend la propagation DNS, et comment la préparer ?
De quelques heures à plusieurs jours. Quand le domaine change de bureau d’enregistrement en même temps que d’hébergement, l’Afnic indique une dizaine d’heures en moyenne pour les noms qu’elle gère, et prévient que plusieurs jours peuvent être nécessaires à cause des caches DNS des fournisseurs d’accès ; pour un simple changement d’adresse du site dans la zone, le délai dépend du TTL. Pour les MX, Google indique jusqu’à 72 heures. La préparation tient en un geste : baisser le TTL au moins une semaine avant.
Le TTL, ou durée de vie, fixe combien de temps les fournisseurs d’accès gardent vos paramètres DNS en cache. Dans sa page Modifier l’hébergement Web, Google conseille de le régler sur une valeur faible, par exemple quelques heures, au moins une semaine avant la migration, afin que les caches se rafraîchissent plus vite. Dans la même phase de préparation, si vous validez la Search Console par un fichier HTML, assurez-vous qu’il figure aussi sur le nouvel hébergement.
Le jour de la bascule, toujours selon cette page :
- mettez à jour les enregistrements DNS pour qu’ils pointent vers le nouvel hébergeur ;
- surveillez les journaux des anciens et des nouveaux serveurs : le trafic baisse sur les premiers à mesure qu’il monte sur les seconds ;
- vérifiez avec plusieurs outils publics que des fournisseurs d’accès différents voient bien les nouveaux paramètres.
Faut-il des redirections si les adresses des pages changent avec le nouveau site ?
Oui. Garder le domaine protège l’adresse du site, pas celle de chaque page. Si /tarifs.php devient /prix/, l’ancienne adresse doit renvoyer vers la nouvelle par une redirection permanente côté serveur, en 301 ou 308. Google recommande d’établir un tableau de correspondance entre anciennes et nouvelles URL, puis de garder les redirections aussi longtemps que possible, généralement au moins un an.
Dans sa page « Migrations de sites », Google détaille la démarche : lister les anciennes URL, associer chacune à sa nouvelle destination, puis vérifier auprès de l’hébergeur quel type de redirection côté serveur il permet. Ce délai d’un an, précise Google, lui laisse le temps de transférer les signaux vers les nouvelles adresses.
Sa page « Redirections et recherche Google » ajoute que les codes 301 et 308 signalent un déplacement permanent, et que Google se sert d’une redirection permanente comme d’un signal : sa cible est l’adresse canonique. N’en posez donc que si vous êtes certain de ne pas revenir en arrière.
Une fluctuation reste possible : Google prévient que la visibilité dans la recherche peut varier temporairement pendant une migration, puis se stabiliser. Dans une refonte de site, ce tableau se prépare avant la mise en ligne, pas après. Pour la mise en pratique, de l’écriture des règles au contrôle dans la Search Console, voyez notre guide de la redirection 301.

Quand résilier l’ancien hébergement et l’ancien prestataire ?
Après la bascule, jamais avant. Google conseille de lire les journaux du serveur de l’ancien hébergeur et de ne désactiver l’ancienne infrastructure qu’une fois le trafic tombé à zéro. Côté domaine, l’Afnic invite à relire le contrat et les conditions générales du bureau actuel : partir en cours d’engagement fait perdre, dans la pratique, les frais versés d’avance. Le bon ordre protège votre site, vos e-mails et votre budget.
La phrase de Google, dans sa page sur le changement d’hébergement, est sans ambiguïté : « une fois que le trafic vers ce dernier atteint zéro, vous pouvez désactiver l’ancienne infrastructure d’hébergement ».
L’ordre que nous recommandons :
- Code AUTH_INFO et accès au compte du bureau d’enregistrement récupérés.
- Titulaire du domaine vérifié à votre nom dans le Whois.
- Boîtes mail localisées, MX recopiés et testés.
- Redirections actives et vérifiées.
- Trafic de l’ancien hébergement à zéro dans ses journaux.
- Résiliation de l’hébergement, puis du reste du contrat.
Si la résiliation arrive avant l’étape 1, vous négociez vos propres accès avec un prestataire qui n’a plus aucune raison de vous aider. Le code se demande en premier, quand tout le monde est encore d’accord.
Que se passe-t-il si le nom de domaine expire pendant le changement ?
Pour un .fr, sans renouvellement, le bureau d’enregistrement demande la suppression du domaine. S’ouvre alors une période de rédemption de 30 jours pendant laquelle cette suppression reste réversible, mais où aucun transfert ni aucune transmission n’est possible. Ensuite, le domaine retombe dans le domaine public, selon la règle du premier arrivé, premier servi. Un changement de site est le pire moment pour laisser filer une échéance.
Le guide Afnic 2024 (p. 13-14) précise que, faute de contact avec vous avant l’expiration, le bureau peut envoyer cet ordre de suppression ; même avec un renouvellement automatique, vérifiez avant l’échéance si une intervention ou un paiement est nécessaire. Le guide distingue aussi deux états (p. 11) : le gel empêche toute opération sur le domaine, mais le site et les adresses mail continuent de fonctionner ; le blocage rend le domaine inopérationnel, site et e-mails compris.
Avant de commencer, relevez la date d’échéance dans votre espace client et vérifiez que l’adresse de contact enregistrée est la vôtre, pas celle de l’ancien prestataire : l’Afnic recommande des coordonnées à jour pour rester joignable. Ces délais sont ceux de l’Afnic pour le .fr ; pour une autre extension, demandez les vôtres à votre bureau d’enregistrement.
Comment protéger son nom de domaine contre un transfert non autorisé ?
Pour un .fr, activez le service .fr Lock : il verrouille le domaine et rend impossible toute opération technique ou mise à jour sans votre autorisation. Selon l’Afnic, tous les bureaux d’enregistrement accrédités .fr peuvent le proposer. Pour un .com, la politique de l’ICANN fait du titulaire la seule partie habilitée à approuver ou refuser un transfert, avec un code AUTH_INFO unique pour chaque domaine.
Le risque n’est pas théorique : le guide Afnic 2024 (p. 12) rappelle que le piratage de noms de domaine existe et peut conduire à des détournements de trafic, ou rendre un site totalement inaccessible. Le verrou s’active auprès de votre bureau d’enregistrement ; faites-le une fois la bascule terminée.
Côté .com, la politique de l’ICANN réserve le code AUTH_INFO à l’identification du titulaire (I.A.5.6) : traitez-le comme un mot de passe, à ne transmettre qu’au nouveau bureau d’enregistrement.

Quelle liste de contrôle suivre avant, pendant et après la bascule ?
Trois temps, un principe : on ne retire rien tant que le remplaçant ne fonctionne pas. Avant, vous sécurisez les droits sur le domaine et vos accès. Pendant, vous recopiez la zone DNS et ne modifiez que ce qui concerne le site. Après, vous surveillez, puis vous coupez l’ancien hébergement quand son trafic atteint zéro. La liste se coche dans l’ordre.
Avant
- Whois consulté : votre entreprise est titulaire.
- Accès au compte du bureau d’enregistrement et code AUTH_INFO en main.
- Date d’échéance vérifiée, coordonnées de contact à jour.
- Zone DNS copiée, valeurs des MX notées, lieu d’hébergement des boîtes mail connu.
- Liste des anciennes URL et tableau de correspondance prêts.
- TTL abaissé au moins une semaine avant.
- Fichier de validation Search Console présent sur le nouvel hébergement, le cas échéant.
- Contrat et conditions générales relus.
Pendant
- Zone recopiée à l’identique, puis seuls les enregistrements du site modifiés.
- Redirections 301 actives dès la mise en ligne.
- Propagation contrôlée avec plusieurs outils publics.
- Test d’envoi et de réception sur chaque boîte mail.
Après
- Journaux des deux serveurs surveillés ; ancien hébergement coupé quand son trafic atteint zéro.
- Redirections conservées au moins un an.
- .fr Lock activé, nouvelle date d’expiration notée en cas de transfert.
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